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L'Institut Européen des Itinéraires
Culturels a engagé depuis sa création une
réflexion sur la place et l'importance de la mémoire
dans la relecture de l'histoire et du patrimoine de l'Europe.
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Il s'agit bien d'une démarche politique,
car il est nécessaire de faire participer, par l'analyse et
le travail commun, les acteurs et les itinéraires culturels
à l'intégration des notions d'oubli et de pardon,
ainsi que de partage de la mémoire entre l'Est et l'Ouest de
l'Europe.
un thème transversal
Dans la mesure où la mémoire
constitue une dimension, voire une problématique, qui
traverse depuis plusieurs années tous les thèmes
traités par le programme des itinéraires, elle
devrait constituer l'un des moyens de relecture du programme et
donner lieu à une analyse appropriée du terme et de
ses concepts. Nous pensons en effet, en nous appuyant par ailleurs
sur les nombreux travaux entrepris par le Conseil de l'Europe, que
ce cadre est un outil directement lié à
l'apprentissage de la démocratie et de la conscience civique
et qui, de plus, aide de manière concrète et
exemplaire à la prévention de nouveaux conflits.
Une mise en réseau des actions existantes
qui parlent de mémoire - et font parler la mémoire -
doit donc être effectuée pour que ce début de
réflexion puisse s'enrichir. En effet, beaucoup de
réunions organisées ou co-organisées par
l'Institut ces dernières années ont touché de
près ou de loin à cette question, en faisant appel
à des experts de disciplines complémentaires :
colloque "Patrimoine et mémoire : des projets pour vivre
ensemble" (Sibiu,1999), colloque de Saint-Jacques de Compostelle
sur "Les valeurs culturelles de la citoyenneté
européenne" en 2000… Engager une réflexion sur
la mémoire nous apparaît aujourd'hui également
comme une priorité parce que, à côté et
souvent au-delà des dimensions historiques et patrimoniales,
un grand nombre de propositions qui nous sont faites pour de
nouveaux thèmes ou de nouvelles actions incluent
également cette dimension, sans toujours en proposer une
analyse à priori.
Une approche dynamique et contemporaine sur la
place de la mémoire est enfin nécessaire à la
revitalisation de cette notion, puisqu'elle est trop souvent
perçue comme attachée au passé et
dépourvue de vision prospective. Pourtant, la
mémoire, selon Pierre Laborie, est "moins présence du
passé que présent du passé, [elle est l']
usage fluctuant de ce passé selon les interrogations du
présent". Ce qui explique en partie la difficulté
d'un travail sur la mémoire, celle-ci étant une
reconstruction permanente.
une histoire et une mémoire plurielles
Un rétablissement des continuités
entre des histoires souvent fragmentées et donc
incomplètes doit permettre une relecture du passé qui
nous lie les uns aux autres, et pourquoi pas amener à un
travail en commun sur une histoire de l'Europe des
itinéraires culturels et non plus des histoires et des
parcours exclusivement étudiés d'un point de vue
national. Cette relecture plurielle doit nous rappeler que la
mémoire n'est pas unidimensionnelle, qu'elle doit aussi
faire place à une médiation entre des mémoires
concurrentes. La mémoire de chaque Européen est
constituée d'une multiplicité de facettes, de
superpositions de sentiments parfois contradictoires
d'appartenance. C'est la mixité des courants interculturels
qui se croisent sur notre continent qui crée par leur
complexité le sentiment d'appartenance à une
communauté européenne. Il faut rappeler combien les
différents épisodes constitutifs des histoires
nationales peuvent être appréhendés comme un
patrimoine commun, y compris les patrimoines de la souffrance.
L'Institut Européen des Itinéraires
Culturels et ses partenaires veulent donc contribuer à cette
prise de conscience et concourir à ce que tout citoyen
européen s'approprie des événements et les
vive comme une mémoire partagée. Il apparaît
que les leçons du passé n'ont pas été
suffisamment mises en lumière, ni suffisamment
assimilées par la conscience européenne. Il est donc
nécessaire de fournir un effort, et notamment en direction
des jeunes, pour que tous réalisent l'importance de cette
relecture pour mieux comprendre la société
contemporaine, tout comme pour se projeter dans un avenir commun.
En cela, nous nous accordons avec Raymond Weber pour
répondre par l'affirmative à sa question : "Ne
devrions-nous pas essayer… de proposer aux citoyens
européens, et notamment aux jeunes, une lecture de notre
histoire et de nos civilisations et cultures (…) qui nous
montre, certes, dans toute notre diversité culturelle, mais
aussi dans notre volonté d'avoir en commun non seulement un
patrimoine, mais aussi une visée et un projet sur l'avenir
?".
un patrimoine à portée de
mémoire
A la suite des recommandations des experts que
nous avons réunis, le travail sur la mémoire de
l'Europe entrepris par l'Institut ne concernera qu'une
période restreinte de notre mémoire, mais une
période qui justement est à portée de notre
mémoire. Il mettra l'accent sur les cent cinquante
dernières années de notre histoire, depuis la
signature des grands traités qui ont contribué
à découper l'Europe et créé les
Etats-Nations. C'est au cours de cette période que se sont
opérées certaines des transformations les plus
profondes de nos sociétés : passage de la
société traditionnelle rurale à la
société urbaine, passage de la société
artisanale à la société industrielle puis
déclin de cette dernière au profit de la post-industrie.
C'est aussi la période qui est - en effet - à
portée de notre mémoire, celle des
générations qui nous ont juste
précédé, nos parents, grands-parents et
arrière-grands-parents.
Le siècle qui vient de se terminer est
celui où le respect des valeurs humaines, des droits de
l'homme et de la démocratie ont été
affirmés comme jamais auparavant. Pourtant, c'est le
siècle au cours duquel ont été
perpétrées les pires atrocités. C'est à
cette mémoire que nous donnons la priorité, car elle
parle encore d'elle-même. Elle traite d'une période
importante et riche en changements, qui continue à
être une référence forte dans nos vies et notre
actualité, dans nos esprits et nos relations
internationales.
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Au fur et à mesure de sa
préparation, ce sujet révèle toute sa richesse
et en même temps toute sa complexité, ce qui explique
que l'Institut ait jusqu'à maintenant surtout
accumulé de l'information, de manière à
disposer d'un thésaurus le plus significatif possible. Mais
il invite tous ces partenaires à prendre en compte et rendre
compte de l'importance d'un tel travail de mémoire sur
l'Europe.
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