INSTITUT EUROPEEN DES ITINERAIRES CULTURELS
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       diagonales européennes
 
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C'est au cours de leur mise en œuvre pratique et surtout au fur et à mesure que les questions posées dans l'urgence provenaient d'une Europe de plus en plus large, que les itinéraires culturels ont découvert ce qui faisait leur force et leur pertinence politiques : la mise en œuvre d'un travail pratique de réparation de l'Europe.

Mais quelles sont ces diagonales géopolitiques sur lesquelles les itinéraires culturels viennent s'inscrire ? Elles sont diverses. Nous avons choisi de présenter des sujets qui touchent aussi bien à l'histoire des rapports Nord-Sud qu'au présent de la création artistique, à la coopération des professionnels entre l'Ouest et l'Est, qu'à la qualité de vie quotidienne.



Trullo en pierre sèche,
Alberobello Italie. Cliché MTP


Musée du village, Sighet Roumanie
Cliché MTP

restituer des continuités

"Si les Européens ont aujourd'hui le sentiment de se trouver à un tournant de leur histoire, où se jouent à la fois le poids de leur continent et l'avenir de leur civilisation, c'est que celle-ci représente à la fois une force et une faiblesse. Une force : son humanisme lui permet de poser et de tenter de résoudre les problèmes auxquels l'Europe est actuellement confrontée, tout comme le reste du monde : la protection de l'environnement, la lutte contre toutes les formes d'aliénation et d'exclusion, la qualité de la vie et l'épanouissement culturel. Une faiblesse : son désir d'unification et les efforts qu'elle déploie dans ce sens exaltent, par contrecoup, la prise de conscience de ses diversités." (Mikhail Narinski et Alexandre Tchoubarian). En travaillant sur la continuité transfrontalière des actions, ils font intervenir des définitions de la frontière (matérielle, communautaire, historique linguistique…) pour mieux les comprendre et en faire des terrains de réconciliation.

En choisissant des lieux de rassemblement, des villes symboliques des cheminements européens, voire des territoires qui ont connu la souffrance des confrontations, ils illustrent aussi à posteriori la complexité des confluences.

En rassemblant - tout simplement - des acteurs de natures, de cultures et d'origines géographiques différentes, ils tentent de les amener à se raconter mutuellement des histoires riches et partielles et d'en rassembler les fragments pour en faire une mémoire commune.

En suivant les processus du voyage des explorateurs, les modalités de la conquête, les conséquences de la colonisation, les caractéristiques de l'établissement ou de la migration, ils permettent de faire interférer des strates auxquelles la lecture purement synchronique ne donnerait qu'un aspect de sédimentation.

de l'Ouest à l'Est, du Nord au Sud

Claude Karnoouh affirme "A y regarder de plus près, la fondation de l'Europe moderne pourrait se résumer à un permanent fractionnement d'empires ou d'Etats multinationaux, multiculturels. Aujourd'hui, ce n'est qu'à l'Ouest de l'Europe, où, après les hécatombes et les destructions incommensurables de la Seconde Guerre mondiale que l'idée d'un regroupement de pays s'est fait jour lentement. Vers l'Est, il semble que nous soyons encore dans un procès de division, comme si le cycle historique n'y avait pas encore achevé son cours"

Si nous adhérons à cette analyse, nous souhaitons aussi la faire mentir, ou à tout le moins essayer de contrarier des cycles historiques de fragmentation qui se poursuivent, en ne laissant aucune partie de l'Europe en dehors des processus de coopération. Travailler à recréer des liens entre l'Ouest et l'Est, mais aussi entre le Nord et le Sud, tout aussi séparés, mais pour d'autres raisons historiques, est une mission fondatrice du Conseil de l'Europe. Mais y travailler entre Européens de toutes cultures, en choisissant ce qui fait une communauté ou une continuité est, de fait, la seule manière de prendre à bras le corps la question de l'autre et du même et de poser des questions pratiques. Existe-t-il - encore - une communauté patrimoniale balkanique ? En quoi la Sicile des Normands a-t-elle à apprendre quelque chose de leur propre identité aux héritiers des Vikings de la zone baltique ? Comment les professionnels de l'architecture peuvent-ils traiter ensemble les questions de la conservation et de l'innovation du bâti et celle du paysage européen ? Et existe-t-il un paysage européen ? Comment les artistes vivent-ils ensemble une identité européenne commune entre des lieux de production qui sont tentés par la globalisation ?


Parc des sculptures Mosédis,
Lituanie. Cliché MTP


Parc de Bomarzo, Italie.
Cliché MTP

des perspectives politiques

Si les itinéraires culturels ont été fondés sur l'idée que les Européens devaient se "rencontrer" et non plus seulement se "visiter", ce n'est pas seulement pour améliorer la qualité de leurs loisirs ou pour leur faire comprendre qu'ils partagent la responsabilité de la protection de leur patrimoine et de l'interprétation de leur histoire, c'est aussi pour qu'ils travaillent à une meilleure sécurité démocratique, fondée sur la tolérance, la reconnaissance des minorités ou le dialogue inter religieux. Andrei Pleşu n'affirme-t-il pas : "L'acquis communautaire est un acquis des ressemblances imposées. L'acquis patrimonial en est un des différences assumées." C'est également pour qu'ils recherchent leurs origines "dans l'opposition à d'autres (l'Asie ou l'Islam), dans les différences entre le monde grec et le monde romain, dans les rapports des Empires et des Nations et dans le parcours des grandes failles où se structure une Europe du dedans et une Europe du dehors, dans le relation des Religions et des Révolutions, dans l'exode ou le capitalisme…" (Denis Guenoun).

Ce domaine tente donc de faire le bilan détaillé des processus mis en œuvre par l'Institut pour tenter de relever de manière pratique certains de ces défis en traçant des diagonales européennes. Ces communautés d'intérêt que des experts ou des opérateurs retrouvent ensemble, se fondent sur la recherche des réalités passées et tentent de leur redonner un sens actuel. Ce domaine insiste donc sur les étapes, les processus et les réflexions, les modalités de rencontre, voire les intentions de travail, tout autant que sur les réalisations concrètes, car le tracé de ces diagonales constitue un travail de longue haleine.

 
 
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