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C'est à l'occasion du 50ème
anniversaire du Conseil de l'Europe, en 1999, qu'a eu lieu
l'initiative littéraire et artistique "Ecrire les
frontières, le Pont de l'Europe", projet imaginé par Michel Krieger,
alors conseiller municipal et communautaire à la ville de Strasbourg.
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La culture "ne connaît pas de
frontières et sa force - apparemment fragile - inspire des
idéaux et des projets communs dans l'esprit de
l'altérité, en faisant appel à un langage
universel qui n'a pas besoin d'interprètes". Ion
Caramitru.
un lieu symbolique
Cette initiative s'est voulue emblématique
des nombreux ponts qui, grâce à une action continue du
Conseil de l'Europe depuis de nombreuses années, se sont
construits entre divers pays et cultures et ont été
franchis dans un but de réconciliation et de
coopération.
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Le Pont de l'Europe, construit en 1953, relie, de
part et d'autre du Rhin, les villes de Strasbourg en France et de
Kehl en Allemagne. Il était tout désigné pour
accueillir cette installation artistique permanente, lien entre
deux pays où jadis, la frontière semblait et se
voulait infranchissable. Selon Roland Ries, alors maire de
Strasbourg, "Ici, c'est en effet l'Europe, parce que ce pont relie
deux pays qui se sont longtemps entre-déchirés et que
la réconciliation de ces deux pays-là est aujourd'hui
l'un des plus sûrs points d'appui de la construction
européenne". |

Le Pont de l'Europe. Cliché MK
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Pour redonner du sens
à ce territoire hautement symbolique, les villes de
Strasbourg et de Kehl ont confié à l'Institut
Européen des Itinéraires Culturels le soin de
contacter des auteurs de l'ensemble des pays d'Europe : des
artistes qui par leur engagement dans les différents
domaines de l'expression littéraire et artistique ont
apporté aux Européens un témoignage de leur
sensibilité vis-à-vis des territoires en rupture
entre deux pays, entre deux culture, entre deux identités.
Ces auteurs, qui sont aussi bien des écrivains, des
musiciens, des historiens ou encore des cinéastes, avaient
été choisis au préalable par un groupe de
travail constitué de Theodore Zeldin, Andrei Pleşu, Jean
Christophe Bailly et de responsables des deux villes et du Conseil
de l'Europe.
un travail de
conviction
C'est au début de 1998 qu'a commencé
l'aspect pratique du travail. Il a d'abord fallu convaincre les
auteurs choisis de s'intéresser et de s'engager
personnellement dans une telle manifestation, plus symbolique que
médiatique ; et même parfois réussir à
entrer en contact avec eux, ce qui n'est pas forcément
aisé lorsque l'on s'adresse à un cinéaste
Palme d'Or à Cannes en 1998, à un Prix Nobel de
littérature ou plus généralement à des
artistes très sollicités et qui disposent de peu de
temps. Par la suite, l'Institut a dû coordonner le travail
d'écriture de ces quarante et un auteurs qui étaient
dispersés en Europe (et parfois même plus loin) et
s'exprimaient dans des langues diverses. Ce travail de longue
haleine a tout de même abouti en décembre 1998,
permettant de donner vie à un projet littéraire et
artistique novateur.
un arc-en-ciel de
littérature
Conformément à ce qui était
souhaité par les deux municipalités, l'Institut
Européen des Itinéraires Culturels a invité
ces auteurs, de disciplines variées, à écrire
et inscrire sur ce pont leur vision de la frontière en
Europe, à exprimer leur désir d'ériger encore
d'autres ponts pour se lier à l'Autre. Ils ont écrit
chacun dans la langue qu'ils désiraient un texte ayant trait
à cette thématique. 41 auteurs, 40 textes
(François Schuiten et Benoît Peeters ayant
collaboré pour écrire un texte commun), 29
langues… un seul esprit, celui de l'échange et de la
connaissance mutuelle, "une interrogation polyglotte du monde".
"Qui d'autre que l'écrivain peut
écrire la frontière ? Parce que son écriture
déjà le constitue comme homme frontière.
Frontière entre les mots lâchés et inscrits,
bientôt métamorphosés en des millions
d'interprétations, dont l'esprit le plus subtil et le plus
profond ne peut mesurer la profusion."
(Catherine Trautmann)
Ces textes ont été
placés à demeure sur le pont, sur des supports
de couleurs créés par le designer allemand Andreas
Brandolini, "pour alimenter du pont la portée symbolique,
et animer la longue traversée d'une rive à l'autre,
d'un jardin à l'autre, d'un pays à
l'autre". (Michel Krieger)

Borne lumineuse. Cliché MK
Ils constituent autant de témoins
(témoins qui relayent et témoins qui
témoignent) qu'un fleuve, de séparation, peut devenir
lien grâce à une volonté de rapprochement et
d'inter-compréhension, grâce à une approche
commune bien que plurielle. Quarante bornes lumineuses aux couleurs
de l'arc-en-ciel ponctuent désormais le Pont de l'Europe lui
donnant une nouvelle dimension, initiant au dialogue et invitant
à la réflexion sur les frontières : "ces
plaques de sensibilité européenne,
impressionnées de littérature, ouvriront les champs
d'une Europe en construction". (Michel Krieger)
L'installation "Ecrire les frontières, le
Pont de l'Europe" a donné lieu à d'autres
initiatives, dans le même esprit de dialogue et de
compréhension : il en est ainsi du colloque
"Frontières et altérité" et de l'action en
direction des lycéens "Ecrire les frontières". C'est
également autour de ce même pont, que les deux
municipalités de Strasbourg et Kehl se sont lancées
dans le projet du "Jardin des Deux Rives", qui en 2004 offrira aux
habitants des deux villes et à bien d'autres, un espace
commun de détente.

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Vous pouvez retrouver l'intégralité
des textes écrits pour le "Pont de l'Europe" sur le site web
du Conseil de l'Europe et vous pouvez également vous
procurer le recueil de ces textes en vente dans notre boutique.
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