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La rédaction du message patrimonial
destiné aux touristes reste une étape essentielle
dans le cadre de ce que les professionnels nomment "la mise en
tourisme". La nature de ce message a largement évolué
depuis un siècle et demi, passant de l'ethnocentrisme, du
régionalisme et du nationalisme à la mise en avant
des valeurs d'échange.
Les textes des guides touristiques
imprimés, des dépliants des opérateurs
réceptifs, des panneaux descriptifs, et maintenant ceux des
bornes interactives et des produits multimédias, tout comme
l'argumentaire commercial des opérateurs touristiques sont
cependant autant d'indicateurs de cette évolution qui n'est
pas terminée.
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approche marketing...
Salon de Saint-Jacques de Compostelle,
Espagne. Cliché MTP. 2000.
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Parmi tous les analystes du marketing touristique
que nous avons rencontrés au cours des dizaines de
réunions sur ce sujet auxquelles nous avons
participé, Anthony S. Travis, Enseignant à
l'Université de Birmingham a présenté à
Gdansk en octobre 1997, colloque dont nous avons publié les
Actes, une vision particulièrement sincère
intitulée : "Le tourisme patrimonial - nouvelle technique de
mise en valeur d'un lieu de destination".
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Il décrit sans fards le fondement d'une
politique d'image autour de ce qui reste pour lui avant tout une
industrie : "Le tourisme patrimonial a besoin de connaître
l'art de fabriquer une image, en faisant appel à des
symboles, à des éléments physiques et à
des événements pour renforcer ce je-ne-sais-quoi qui
fait que Stockholm est Stockholm, Dantzig est Dantzig, Riga est
Riga, etc. Si la Tour Eiffel est l'icône de Paris, et un
théâtre d'opéra et un pont celle de Sydney,
quelle image ou quel symbole pourront servir à identifier et
à vendre votre ville ? Le tourisme patrimonial est une
industrie, et si vous lancez une "nouvelle" destination sur le
marché du tourisme international, cela signifie qu'il vous
faudra assembler toutes les pièces du produit touristique,
c'est-à-dire lier et vendre ensemble non seulement les
transports et les arrangements hôteliers, mais aussi les
réservations pour assister aux festivals et autres
manifestations, les billets d'entrée des musées, les
visites des sites historiques, les dîners où l'on
goûtera aux plats d'une cuisine du passé, le tout
faisant partie d'une offre globale vendue à l'avance. C'est
ainsi que pourront être offertes aux clients des
expériences de grande qualité, lesquelles pourraient
avoir un goût de "revenez-y"…"
Il est vrai que les données
économiques liées à une telle analyse sont
à prendre en compte. L'Europe représente 60% des
arrivées internationales. La France accueille à elle
seule chaque année 60 millions de touristes. L'impact des
retombées économique du Mont-Saint-Michel et de la
cathédrale de Chartres ont été mesurés
en 1985 respectivement à hauteur de 24 et 38 millions
d'euros. Andreas Hassler et Risto Hemming de ProNord GmbH,
spécialistes du tourisme émetteur en Allemagne
indiquaient au cours du meme colloque à Gdansk : "Quelque 50
milliards de dollars sont dépensés chaque
année par les Allemands à l'étranger. Il
existe 18000 agences de voyages et un millier de voyagistes et les
quatre principaux voyagistes représentent 60% du
marché…" Pour ajouter : "Une vingtaine de voyagistes
seulement peuvent être considérés comme des
spécialistes du tourisme patrimonial". Et il proposait lui
aussi quelques recettes pour améliorer cette situation,
recettes qui mettent là aussi très clairement le
message au service de l'ingénierie : "Si nous voulons vendre
le tourisme patrimonial avec des chances de réussir, il faut
lui donner une définition très large, ainsi qu'une
apparence dynamique susceptible de plaire aussi aux jeunes par
l'âge ou jeunes de cœur. Les éléments du
patrimoine doivent être modelés et
présentés comme des produits : ils doivent avoir un
prix et les voyagistes doivent être capables de les traiter
comme un Bausteine distinct susceptible d'être
incorporé dans les programmes ; il en est de même pour le
voyageur indépendant : il doit avoir la possibilité
d'acheter, et le cas échéant de réserver le
produit. Fondamentalement, c'est encore une fois une question de
coopération et de compréhension de ce qui est attendu
des joueurs. Nous avons tous ici nos rôles et nos
tâches : les régions, les pays, les voyagistes, les
spécialistes du marketing, etc. Ou pour le dire encore plus
simplement, l'industrie touristique d'un côté et le secteur
culturel de l'autre."
...versus, message patrimonial
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Tout aussi frappante était en avril 2000 la
remarque du Directeur auprès du Commissariat
général au tourisme wallon, Eric Jurdant lors de la
réunion préparatoire au Sommet de la Grande
Région. Sa présentation faisait bien la transition
entre le marché et le message, en terme d'identité :
"Il est évident que je serai un touriste cible d'autant plus
facile à capter si une opération marketing de charme
me convainc que je partage une histoire commune avec mes voisins
immédiats de Sarre, de Rhénanie-Palatinat, du
Grand-Duché de Luxembourg, de Lorraine ou de Wallonie. Si
généralement, c'est la différence culturelle
qui motive le déplacement touristique, ici, notre
démarche va à contre courant : notre souhait est de
faire prendre conscience d'une identité commune grâce
au tourisme. Mais cette identité comporte, heureusement, un
élément d'exotisme, la présence de deux
langues."
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Touristes devant Notre-Dame de Paris.
Cliché MTP. 2002.
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En fait lorsque les responsables du patrimoine
d'une ville s'adressent à leurs collègues
responsables du tourisme, ce qui n'est pas toujours facile, ils
mettent en avant une notion essentielle : le message patrimonial
c'est d'abord une question d'authenticité. D'abord
l'authenticité de la substance même, car l'objet est
lui-même le meilleur message. "Aujourd'hui, la pression
exercée par le tourisme a souvent pour résultat que
l'œuvre est refaite et perd ainsi son authenticité, or
l'authenticité du patrimoine est constitutive de son
identité. Il faut donc à tout prix éviter
cette dérive qui conduit à créer des faux
historiques et à induire le public en erreur parce que le
patrimoine présente un aspect qu'il n'a jamais eu..."
affirme Catherine Périer d'Ieteren. Ensuite,
l'authenticité du discours. Catherine Bertho-Lavenir
remarque avec justesse : "C'est un plaisir pour des millions de
gens de faire du tourisme, même si c'est pour simplement
arpenter des lieux célèbres, admirer la tour de Pise
et la tour Eiffel. Il serait sot de ne pas s'appuyer sur cette
dynamique. En revanche, il est nécessaire de demeurer
vigilant. Longtemps les éléments du patrimoine ont
été utilisés pour montrer combien une
communauté - nationale, ethnique, religieuse - était
différente de ses voisines, irréductibles à
elle, et, de ce fait, pour légitimer ses combats."
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En complément au travail que l'Institut a
engagé pour travailler sur l'interprétation
européenne du patrimoine au travers des thèmes des
itinéraires culturels, nous souhaitions donc qu'une rubrique
du site fasse le point en permanence sur un travail comparable que
nous avons engagé cette fois avec les responsables de la
mise en tourisme.
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