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Selon les experts, le tourisme culturel
représenterait de 8 à 20% des parts du marché
touristique. Mais certains d'entre eux considèrent assez
justement que "La culture est un phénomène tellement
large et complexe qu'une définition claire du "tourisme
culturel" en devient impossible et peut même s'avérer
inutile." (Tomasz Studzieniecki)
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C'est donc plutôt un choix personnel et
pratique qui guide chaque touriste dans la recherche d'un
investissement culturel personnel et d'une ouverture à la
culture des autres. Des données sociologiques permettent
cependant de mesurer une modification des comportements
touristiques depuis une trentaine d'années.
nouvelles pratiques
C'est certainement la volonté d'introduire
de nouvelles pratiques touristiques pour faire face aux dangers
pour le patrimoine culturel et naturel de la
surfréquentation et de surexploitation des sites - une
conséquence incontournable du tourisme de masse - qui a
redonné toute sa signification au tourisme culturel. Les
premières interrogations sur les limites et les dangers du
tourisme extensif ont commencé à se faire jour
dès les années soixante-dix, lorsque les sociologues
ont souligné que dans ce type de voyage unifié et
industrialisé "Le touriste ne voit rien. Au fond, il ne
cherche rien d'autre que la confirmation de son opinion
préconçue, c'est-à-dire qu'il veut pouvoir
bénéficier d'un confort auquel il est habitué
et retrouver dans la réalité l'image fausse qu'il
s'est forgée du pays d'accueil." (R. Renschler)
Tourisme parisien. Cliché MTP. 2002.
Parallèlement cependant, un tourisme
fondé sur la découverte et la rencontre qui passe par
la recherche des zones rurales et authentiques, ce que l'on nomme
parfois le tourisme vert, a pris son essor. Il est également
lié à la vogue renaissante du tourisme
pédestre, puis plus récemment du tourisme en
vélo tous terrains (VTT) ou du tourisme équestre. Le
succès du "Guide du Routard" pour les francophones ou de la
collection "Lonely Planet" pour les anglophones, la prise en compte
de nouvelles collections de guides à mi-chemin entre
l'encyclopédie et le conseil pratique et le retour dans les
librairies d'un rayon important pour les écrivains
voyageurs, de Goethe à Pierre Loti, ou de Voltaire à
Kenneth White et François Maspéro, montrent que les
éditeurs ont été sensibles à la
renaissance d'un "tourisme intelligent".
Les destinations exotiques et le tourisme de plage
ont eux-mêmes soufferts de facteurs conjoncturels aussi
différents que les fluctuations des taux de change ou les
risques liés à des conflits locaux et aux guerres
civiles, sans compter les attentats du 11 septembre 2001. Mais le
facteur déterminant est certainement la banalisation
excessive des offres touristiques et l'uniformisation des lieux
d'accueil qui ont entraîné à la longue un effet
de lassitude.
Les crises économiques successives, en
provoquant une compression de la part du budget des ménages
consacrée aux loisirs, tandis que par ailleurs le temps de
non travail augmentait, ont entraîné à la fois
un raccourcissement des temps de séjour et une
multiplication des déplacements de proximité, ce qui
s'est accompagné d'une exigence accrue des touristes en
matière d'offre, et particulièrement en
matière d'offre culturelle. Il s'agit là d'un
changement plus général des modes de consommation,
quel que soit leur domaine, dans lequel certains économistes
et sociologues pensent percevoir l'émergence d'une nouvelle
génération de consommateurs plus conscients et plus
"actifs".
le tourisme de tous les dangers
Mais si le tourisme de masse constitue un danger
pour le patrimoine, le tourisme qui prend pour objectif la pratique
culturelle comme un moyen - à priori nouveau - de gagner une
part de marché, est par essence le tourisme de tous les
dangers. Ces dangers tiennent aux fortes contradictions qui le
traversent. En effet, en dehors des professionnels du tourisme sans
qui la mise en œuvre de tels produits n'existerait pas ou
serait confinée à de simples démarches
individuelles, un ensemble de partenaires participent à
l'élaboration de l'offre, entre autres les professionnels de
la culture, les associations culturelles, les responsables publics
et les élus, qui les uns et les autres, expriment par nature
des souhaits contradictoires.
D'un côté, il s'agit de la recherche du
respect et de l'intégrité des faits culturels, de la
nécessité de respecter les chartes et les conventions
sur la protection et la valorisation du patrimoine, de la
volonté d'un aménagement culturel
équilibré et durable du territoire, ce qui implique
une longue analyse préalable et des investissements
coûteux. Mais il s'agit aussi de l'implication d'actions
sociales et éducatives qui fassent en sorte que les
"visités" participent eux aussi à la constitution de
l'offre, pour qu'elle soit à la fois le reflet de leur
identité passée, sans folklorisation et de leur
réalité sociale actuelle, sans exclusion. On ne
montre pas un patrimoine de manière innocente, d'autant
moins lorsqu'il est lié à un passé
récent et parfois douloureux.
Villa Mansi, Cappanori Italie.
Cliché MTP
De l'autre, on tendrait plutôt à
privilégier les lois du marché en instrumentalisant
la culture vers ses avatars les plus attractifs, en choisissant une
offre de loisirs qui satisfasse le plus grand nombre au sein de
parcs de loisirs ou à thèmes, dont tous n'ont pas
trouvé leur public. Ou bien, à l'opposé, on
recherche des manifestations de prestige réservées
à une élite et, en établissant un partenariat
économique tourné vers la priorité de
l'équipement de luxe on restaure châteaux et villas,
jardins et résidences pour recréer le "charme du
passé". La lecture des catalogues des tour-opérateurs
les mieux intentionnés à l'égard de l'esprit
de découverte et des activités culturelles laisse
trop souvent percevoir une offre dont les typologies restent
relativement peu diversifiées, face à une demande qui
semble par contre de plus en plus exigeante.
Le contexte économique et social du
tourisme culturel révèle donc de véritables
fractures. La responsabilité prise par les opérateurs
qui mettent en œuvre des produits de tourisme culturel est
très grande et les risques se situent à plusieurs
niveaux :
- celui de la restauration et de la conservation qui se doit de
respecter les documents historiques et les chartes
internationales;
- celui de l'interprétation qui doit éviter de
tomber dans l'anecdotique ou l'ethnocentrisme et au contraire,
offrir au public une dimension multiculturelle;
- celui du rôle social et économique du tourisme qui
doit générer des emplois locaux, trouver aux
équipements un rôle qui s'étende au-delà
des moments privilégiés de la fréquentation
touristique et qui doit, enfin, permettre à une population
de faire sienne l'identité ou les identités qu'elle
présente d'elle-même.
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Le tourisme culturel est donc en passe de devenir
de ce fait un des lieux privilégiés des
contradictions de la société qui le met en
œuvre et un des signes les plus tangibles de sa "santé
culturelle". Il reste certainement à écrire une
"Allégorie du tourisme culturel", après
"L'allégorie du patrimoine" de Françoise Choay.
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