Une part de la culture européenne
s’est construite autour de rituels communs à tous les
sanctuaires de pèlerinages. Où qu’il soient, les
pèlerins s’adressent à Dieu en priant les mêmes intercesseurs, en vénérant les mêmes reliques
aux morceaux épars dans les royaumes.
Les structures des confréries apparaissent également
semblables du nord au sud, avec seulement des densités variables.
Quant aux lieux d’accueil, leurs structures tripartites aux
principes similaires jalonnent toutes les routes, répondant
aux besoins fondamentaux de tous les pèlerins. |
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qu'est-ce qu'un pèlerinage pour un européen
? |

dolmen près de Namur - Belgique |
Dès sa naissance, l'Homme eut
une conscience aiguë du Sacré qui se manifesta, dans
les religions les plus primitives, par l'observation de rituels
incluant des déplacements vers des nécropoles qui
étaient en même temps des monuments cultuels. |
Ce sentiment humain d'appartenir à
un monde dont les composantes dépassaient l'entendement entraîna
la naissance de la prière, prière pour obtenir une grâce,
prière de contrition, prière pour rencontrer cette puissance
qui, au-dessus des hommes, les tient dans sa main. Ces lieux pouvaient
être des sources ou des fleuves où l'on vient se purifier
et se régénérer, des sommets de montagnes où
l'on rencontre le ciel, des pierres et des arbres sacrés que l'on
croyait dotés d'une vie, des lieux marqués de la présence
d'un saint personnage.Pour certains croyants, la prière prend d'autant
plus d'intensité qu'elle est faite dans un lieu plus lointain de
son domicile, après une route où ils ont été
des étrangers, loin de leurs repères habituels. Mais ceci
ne concerne que la minorité. La majorité des pèlerinages
s'effectue près de son domicile, dans un rayon de quelques jours
de marche au maximum.
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| Au Moyen Age, beaucoup sont nés de la possession
de reliques dont le commerce fut florissant et donna lieu à beaucoup
de tractations d'un bout à l'autre de l'Europe. Elles exercent
un attrait puissant et peuvent devenir un atout politique : chaque souverain
ou prince se doit d'en favoriser l'existence sur ses domaines.
Avant la fin du XVe siècle, aucun pèlerin, même en
route pour Compostelle, ne s'étonne de trouver sur son chemin,
là un corps de saint Jacques (Aix-la-Chapelle en Allemagne, Vérone
en Italie, Angers en France …), là une tête, là
une autre, là une mâchoire, ailleurs plusieurs bras, pas
plus qu'il ne s'interroge sur les deux têtes de saint Denis (Paris
et Saint-Denis) ou les trois de saint Jean-Baptiste (Amiens, Saint-Jean
d'Angély, Nemours). Grand amateur d'offrandes d'ex-voto et d'achat
de souvenirs, il génère tout un commerce autour du sanctuaire
: cierges, enseignes de pèlerinage, coquilles, etc. |

pied reliquaire de saint Jacques à Namur - Belgique |
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les confréries,
des structures de sociabilité communes à l'europe |
| Un mouvement confraternel très fort s'est fait
jour au Moyen Age et s'est prolongé jusqu'à nos jours, sous
des formes très diverses. Le cadre de la confrérie dépasse
très largement les manifestations dévotionnelles en s'inscrivant
dans des pratiques sociales et politiques beaucoup plus larges, offrant
un « supplément d'union » ajouté à la
famille et à la communauté d'habitants. Une confrérie
rassemble des hommes et des femmes unis par serment solennel qui se placent
sous la protection d'un saint. L'objectif commun peut être le maintien
de la cohésion d'un même groupe social, la gestion d'un sanctuaire
ou l'exercice d'un même métier.
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pèlerins d'aujourd'hui, comme les anciennes confréries,
leurs associations contribuent à la promotion des pèlerinages
|
Il serait donc vain de réduire les confréries à
des regroupements d'anciens pèlerins de Compostelle, Rome,
Jérusalem ou le Mont Saint-Michel, même si elles sont
bien existé. Certaines d'entre elles ont contribué à
animer les sanctuaires locaux de pèlerinage et à diffuser
le culte de leur saint patron. Ce sont elles qui organisent les solennités
et accueillent les pèlerins ; Elles aussi qui font dire les
messes. L'un des objectifs communs peut être une communauté
d'idées politiques centrées sur un désir d'autonomie
politique d'habitants désirant participer à la gestion
de leurs villes ou villages. Leur importance se lit souvent dans le
rang qu'elles occupent lors des grandes processions ou lors d'une
visite royale. Ceci n'a pas été sans entraîner
des soupçons de collusion avec les mouvements communaux, voire
des interdictions par le pouvoir en place dont on trouve des exemples
en Provence, en Suisse, à Paris … Au sein de chaque groupe, mais seulement au sein
de ce groupe et jamais ailleurs, les confréries se soucient
de paix, de moralité et d'assistance mutuelle ce qui ne les
empêche pas de participer souvent aux fêtes les plus folles
au moment des Carnavals.
A partir du XVIe siècle se multiplient les confréries de
métier qui réglementent l'exercice de telle ou telle profession.
Le saint choisi a parfois un rapport avec ce métier : saint Jacques,
patron des voyageurs peut se retrouver le protecteur des marchands, des
hôteliers, des chapeliers. Protecteur des récoltes, des jardiniers
se mettent sous sa houlette tant en Allemagne qu'en Suisse ou en France.
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une architecture
de l'itinérance |

la voûte audessus de la route : hôpital de Pons – France
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A travers toute l'Europe, les voyageurs de plus en plus
nombreux ont généré un réseau hospitalier qui
leur était plus particulièrement destiné, en symbiose
totale avec la route qui, pour les pèlerins, est une sorte de prolongement
de chaque lieu sacré. Est née pour eux, marchands ou pèlerins
en route pour une multitude de sanctuaires, une étrange architecture
tripartite parfaitement adaptée dans sa forme la plus achevée.
Elle apparaît au XIIe siècle près des villes, mais en
dehors des murailles : de part et d'autre de la route, une chapelle et un
bâtiment hôtelier unis par un pont jeté à cheval
par-dessus le chemin. Ces bâtiments hospitaliers offrent des particularités
communes destinées à répondre aux besoins fondamentaux
de l'homme en marche : ils sont faciles à trouver, puisque enjambant
la route, la chapelle soigne l'âme et l'hôpital prodigue au
corps les soins dont il a besoin. La voûte offre un abri et un banc
au passant et souvent des guichets permettent la distribution de nourriture.
Aucun gîte des chemins modernes n'est aussi fonctionnel. De ces édifices
condamnés en masse par l'élargissement des routes, des vestiges
subsistent, d'autant plus précieux qu'ils sont rares, défigurés
et, certains ignorés donc menacés : Pons, Pradelles,ou Cadéac
en France, Piperno en Italie, Puente-la-Reina ou Castrogeriz en Espagne,
la cathédrale de Lausanne en Suisse. |
Un magnifique exemple de ce que peut représenter
pour l'homme un tel refuge au milieu d'un environnement particulièrement
hostile s'offre encore sur le vieux chemin de Bayonne à Burgos,
à Cegama, dans le Guipuscoa. Presque au haut de la montagne
une falaise ferme l'horizon et semble interdire tout passage. Quelques
pas encore et elle s'ouvre miraculeusement par un tunnel de pierre
(est-il totalement naturel ?), le tunnel Saint-Adrien. Dessous, donnaient
en vis-à-vis la porte d'une minuscule chapelle et celle, tout
aussi petite, d'une auberge. Cet antre formidable et protecteur, ce
géant bienfaisant est souvent décrit par les voyageurs,
et toutes les chansons de pèlerins en parlent.
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l'entrée du tunnel Saint-Adrien, sur l'ancienne route de Bayonne
à Burgos - Espagne - |
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