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       l'europe des pèlerinages
 
  la chevalerie pèlerine  
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Partir longtemps exige du temps, un temps dont ne disposait pas l’immense majorité paysanne. Les pèlerins au long cours étaient le plus souvent des nobles, ou des marchands qui, sur les routes, priaient, observaient, interrogeaient, guerroyaient, commerçaient, tout ceci impliquant des relations étroites avec les populations locales. Si le pèlerinage fut une ascèse pour certains, d’autres l’ont inclus dans une belle aventure à travers les pays d’Europe, au cours de laquelle ils ont beaucoup reçu et en même temps beaucoup donné.
pèlerins-touristes-sportifs, ils ont fait l'europe …
bourguignons, allemands, savoyards… "revenus, pleins d’usage et raison..", faire fructifier les fruits cueillis sur les chemins européens
croisés et pèlerins au service de l'Eglise

Un livre de pédagogie, L’imagination de vraie noblesse, rédigé au début du XVe siècle conseille à de jeunes bourguignons : "Il est bienséant en temps de paix que les jeunes hommes de noble lignage fassent des pèlerinages comme Jérusalem, Sainte-Catherine, Saint-Jacques, qu’ils voyagent dans les royaumes chrétiens, et qu’ils guerroient contre les Sarrasins et mécréants, car un jeune homme ne peut nulle part ailleurs mieux apprendre les affaires du monde que par des pèlerinages et l’exercice des armes".

L’un de ces jeunes explique que, s’il va au Saint-Sépulcre c’est "pour son propre salut, pour servir la cause militaire… et dans le but d’acquérir des honneurs". Un autre part vers le royaume de Grenade "pour voir les synagogues".

Un autre va, en compagnie de son père, à Jérusalem, à Saint-Patrick en Irlande puis à Compostelle et enfin, "monté sur la flotte du roi de Castille, il conduit un grand nombre de valeureux nobles combattre les Infidèles". Un autre encore, après être allé à Jérusalem, voyage à travers l’Allemagne, l’Italie, la France et l’Espagne jusqu’à Compostelle. Un autre enfin, Arnold von Harff quitte Cologne en 1496 pour Rome, le couvent de Sainte-Catherine sur le mont Sinaï, le tombeau de saint Thomas à Cantorbery, Jérusalem, Saint-Jacques de Compostelle et le Mont Saint-Michel. Il chemine en compagnie des marchands, pour profiter de leur expérience, de leur connaissance des langues, des monnaies et des routes. Il rentre à Cologne trois ans plus tard et rédige un récit de son voyage d’après les notes prises en cours de route, mises en forme en s’aidant de récits de voyages antérieurs.Ils sont bourguignons, allemands, savoyards… Ils sont "revenus, pleins d’usage et raison…", faire fructifier chez eux les fruits de leurs expériences, cueillis au long des chemins européens.
au XVe siècle, un projet de construction européenne.

Le 25 novembre 1465, Léon de Rosmital, seigneur tchèque, part de Prague pour "rendre visite à tous les royaumes chrétiens mais aussi à toutes les principautés religieuses et civiles en terres germaniques et romanes et tout particulièrement au Saint-Sépulcre et au tombeau du bien-aimé apôtre Jacques". Un grand seigneur très pieux ? Certes, mais il ajoute qu’il souhaite de ce voyage "tirer au mieux profit et avantage pour sa propre vie", et qu’il souhaite en profiter pour "s’exercer dans l’art militaire" et "étudier les usages des différents pays".

Ces motivations officielles cachent une mission diplomatique, secrète par essence. Il part en ambassadeur du roi de Bohême, Georges Podiebrad, afin de convaincre les rois et princes des pays qu'il va visiter d’adhérer à un grand projet, une fédération européenne des différents royaumes et principautés, indépendante du pape et de l’Empereur germanique (deux puissances qui le gênaient dans sa politique). Le roi de France Louis XI est séduit par ce projet qui plaçait la France à la tête de cet organisme. Afin de convaincre les autres souverains, Georges Podiebrad s’offrait à les aider à lutter contre l’avance turque dans le monde chrétien en mobilisant cette fédération d’Etats. Il proposait en outre un conseil permanent chargé de régler les litiges réciproques des princes. Voila pourquoi Léon de Rosmital rencontra, outre Louis XI, le duc de Bourgogne Philippe le Bon, le roi d’Angleterre Edouard IV, le roi de Castille Henri IV, le roi du Portugal Alphonse V et le roi d’Aragon Jean II.

Chacun de ses hôtes le combla en lui faisant visiter les sanctuaires les plus renommés de son royaume, tout en le conviant à de grands dîners, à des bals, à plusieurs tournois, à des combats à cheval contre des taureaux. Même si le projet d’Europe n’a pas abouti, un tel périple a fait découvrir à cet ambassadeur et à son pays toute la richesse et la complexité de cette Europe de l’Ouest et du Sud.

les pas d’armes des chevaliers-pèlerins
 
Le pont d'Orbigo - Espagne - où Suero de Quiñones organisa un Pas d'Armes resté célèbre

Avides de liberté et d’espace, les jeunes chevaliers du XVe siècle ont pratiqué les tournois en les plaçant dans le cadre de fictions mêlant l’Amour Courtois et la recherche du Graal. Un défi est lancé au nom d’une cause, parfois à l’occasion de pèlerinages. Soit le provocateur se fait chevalier errant et combat tous ceux qui se présentent sur sa route de pèlerin, soit il se poste sur une route, en un point stratégique (d’où le terme de Pas d’armes qui signifie passage où l’on pratique les armes). Il choisit souvent une année jubilaire, Compostelle ou Rome, dans un lieu aménagé comme un luxueux village olympique. Les combats se déroulent sur plusieurs semaines, devant des spectateurs de grande qualité, somptueusement vêtus. Les gagnants reçoivent des pierres précieuses et des bijoux, remis par des princesses éperdues d’admiration.

En 1402, le chevalier Jean de Werchin choisit la première formule, sur un itinéraire qui le mène de Coucy (Aisne) jusqu’à "monseigneur saint Jacques en Galice". De part et d’autre de ce chemin, impossible de s’écarter de plus de vingt lieues. Il livre sept combats. Antoine de La Salle, dans L’histoire du petit Jehan de Saintré relate le passage à la Cour de France d’un chevalier polonais en route lui aussi pour Compostelle. Il portait, pour l’amour de sa dame, "deux cercles d'or, l'un au-dessus du coude du bras gauche, et l'autre à la cheville, reliés par une chaîne d'or". But du jeu : combattre jusqu’à ce qu’un chevalier le délivre de cet accessoire encombrant.

En 1434, Suero de Quiñones, sur le pont d’Orbigo (entre Léon et Astorga), portait une chaîne d’argent symbolisant la captivité où l’avait plongé l’amour de sa dame. Il organise un Pas pour s’en faire délivrer afin d’en épouser une autre ! C’est, dit-on, cette chaîne qui orne le cou du reliquaire de la tête de saint Jacques à Compostelle. En 1448, près de Saint-Omer, Jean de Luxembourg se fait le chevalier servant d’une Belle Pèlerine éplorée, en chemin vers Rome. En 1450, également sur la route de Rome, Jacques de Lalain tient à Chalon-sur-Saône le Pas de la Fontaine aux Pleurs (les larmes de la Vierge tombant dans une fontaine où buvait une licorne).


le reliquaire sur lequel se trouve le collier de Suero (cathédrale de Compostelle)
 
 
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