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au moyen âge, des pèlerins en marche
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| En une sorte de mouvement perpétuel,
des pèlerins de toute l’Europe marchaient vers des destinations,
proches de leur domicile, n'excédant pas 100 à 200 km. Leurs
saints étaient tous les mêmes, et leurs attributions étrangement
semblables d’un bout du continent à l’autre. Les pèlerinages
au long cours n’étaient entrepris que par une infime minorité
de la population, à des dates et des circonstances bien particulières. |
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| Le sanctuaire le plus connu et le plus fréquenté
est sans conteste Rome, où les pèlerins viennent se recueillir
sur les innombrables reliques des premiers chrétiens, dans les Catacombes,
et surtout sur le tombeau de saint Pierre, le premier des apôtres,
premier évêque de Rome. Mais l'attrait majeur de Rome est surtout
la personne du pape, à partir du XIe siècle lorsqu'il réussit
à affirmer sa suprématie sur l'ensemble du monde chrétien. |
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vers tours, le puy, vézelay ou arles |
| Dans l’enthousiasme des retrouvailles avec Compostelle,
on a cru que les quatre sanctuaires indiqués par le Guide du
pèlerin étaient des lieux de rassemblement pour de
grands départs vers la Galice. Il n’en est rien. Des foules
de pèlerins venus d’Allemagne, d’Italie ou d’Espagne
se retrouvaient effectivement à Tours, au Puy, en Arles et à
Vézelay mais ils avaient atteint le but de leur pèlerinage.
Pour chacun de ces lieux, les témoignages abondent sur la présence
continuelle de foules de pèlerins.
Au Puy, l’une de ces Vierges Noires aux couleurs de la lave des
volcans exerçait un attrait mystérieux depuis des temps
immémoriaux. Lors des années jubilaires (années où
le Vendredi saint tombait le 25 mars, jour de l’Annonciation) on
se pressait tant dans les rues étroites et tortueuses que parfois
des pèlerins y périssaient étouffés.
A Tours le corps de saint Martin était vénéré
dans la crypte de l’abbaye qui portait son nom. En Arles, une abondance
de lieux de pèlerinage à de saints tombeaux : saint Trophime,
saint Césaire, et le cimetière des Alyscamps débordant
de saints anonymes : au XIIe siècle, la légende de Charlemagne
y place les sépultures de centaines de héros morts à
Roncevaux.
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la Vierge noire du Puy en Velay - France - |
photo éditions J.P. Gisserot |
A Vézelay, les reliques de Marie-Madeleine la
pécheresse attiraient les pèlerins, jusqu’à
ce que la Sainte-Baume ne lui ravisse la vedette.
Au bas de la colline de Vézelay, près de l’église
Saint-Jacques d’Asquins, les arrivants étaient groupés
dans un "champ des pèlerins", pèlerins de Vézelay
et rien d’autre.
Ce fameux Guide du pèlerin cite encore les grands sanctuaires
situés sur les routes d’Aquitaine : Saint-Gilles en Provence,
Saintes, Saint-Jean d’Angély, Orléans… Il appelle
les seigneurs de cette vaste région à se faire les vassaux
des rois d’Espagne, qui rêvent de créer un Empire à
la manière de Charlemagne, un Empire qui irait, disent-ils, "du
perron de saint Jacques jusqu’au Poitou et aux rives du Rhône". |
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une nécessité,
aller loin |
| Contrairement à ce que l’on
a longtemps cru, le réseau routier médiéval n’avait
rien à envier aux voies romaines. En témoignent les foires
de Champagne qui, chaque année à Provins, Troyes, Bar-sur-Aube,
recevaient des marchands italiens, espagnols, anglais, flamands et où
transitaient des quantités énormes de denrées transportées
par convois. Chemin faisant, commerçants et rouliers se recueillaient
volontiers sur des lieux de pèlerinage afin de vénérer
des saints familiers à tous du fait d’une religion commune.
Pas de cartes routières (les premières, très succinctes,
datent du XVIIe siècle) mais des listes de noms de villes ou de
sanctuaires jalonnant les routes à suivre. On conserve ainsi l’un
de ces carnets de route, appelé Itinéraires de Bruges.
Il fut rédigé au XVe siècle, à l’usage
de Flamands voulant se rendre aux foires de Nijni-Novgorod ou en pèlerinage
à Rome, Rocamadour ou Compostelle. Ils ont certainement servi aux
pèlerins pénitentiels, de ceux (jamais dangereux pour autrui,
qu’on se rassure) que les justices flamandes souhaitaient faire
oublier pendant un temps en les expédiant vers un sanctuaire lointain
: Saint-Maurille à Angers, Saint-Fiacre-en-Brie, Notre-Dame de
Chartres, Notre-Dame de Cléry, Saint-Julien au Mans, Sainte-Croix
à Orléans, Saint-Benoît-sur-Loire ou Vendôme.
Inversement, des hérétiques albigeois étaient envoyés
réfléchir à Cologne ou à Cantorbery. Infliger
comme punition l’obligation d’être un étranger,
d’aller à la rencontre d’autres coutumes, d’autres
langues était déjà compris comme un moyen de rédemption.
Le fait de le faire sous le costume du pèlerin protégeait
à la fois le puni (le pèlerin était porteur de lettres
de recommandation) et l’hospitalier (rassuré par ces lettres).
Ces pèlerinages au long cours passaient pour être beaucoup
plus efficaces qu’une visite à un sanctuaire voisin, car
la distance à parcourir impliquait des efforts qui devaient être
comptabilisés pour l’obtention de la grâce demandée.
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des enfants
pèlerins au mont saint-michel |
photo éditions J.P. Gisserot |
Au Mont, l'archange saint Michel succéda
à l'Hermès grec et au Mercure latin.
Le premier était porteur des mythes de l’enfance et le second
fut le serviteur des amours de Jupiter. On dit aussi que neuf druidesses
du Mont vendaient aux marins des flèches qui calmaient les orages
à condition qu’elles soient lancées par un jeune homme
encore puceau. Saint Michel, une fois installé, devint le patron
des jeunes garçons et les attira vers lui en pèlerinage. |
| Aux XIVe et XVe siècle, cet attrait fut si fort
qu’il prit par moments des allures d’immigration incontrôlable…
Un moine du Mont raconte, en 1333 : "une multitude d’enfants
qui se nommaient Pastoureaux vinrent au Mont, de divers pays lointains.
Plusieurs assuraient qu'ils avaient entendu des voix célestes qui
leur disaient Va au Mont-Saint-Michel et qu'ils avaient aussitôt
obéi et s'étaient mis en chemin, laissant leurs troupeaux
dans les champs, et marchant vers ce Mont sans dire adieu à personne".
Le moine ajoute qu’un prêtre a essayé de les faire
patienter en leur proposant de préparer mûrement ce pèlerinage
mais que lui-même fut pris du même désir et partit
sans rentrer chez lui. En juillet 1450, "mille enfants" (c’est-à-dire
beaucoup, beaucoup) partent de Francfort-sur-le-Main, conduits par un
dominicain. Ces départs se répètent pendant plusieurs
années, "de tous les côtés de l'Allemagne. Il
y avait des enfants de douze ans et au-dessus, derrière des bannières
où était peinte l’image de saint Michel. Ils chantaient
sur les places et mendiaient leur pain". Il en vint aussi de Liège
et de Suisse. Des adultes s’inquiètent, menacent d’excommunication,
parlent de possession, de vente d’esclaves, de dépeuplement
de certaines régions. Certains y ont vu une conséquence
de la création de nouvelles écoles en Allemagne, qui ont
entraîné des concentrations de jeunes jamais connues. Comment
ne pas penser aussi à l’histoire du joueur de flûte
de Hamelin, écrite au XIIIe siècle ? Aucune explication
n’a été convaincante. |
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