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le pèlerinage, phénomène actuel
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| "Certains endroits
sont marqués d'un signe mystérieux.
Ils s'imprègnent de la richesse spirituelle qui s'y est dépensée.
Ce n'est point par hasard, mais au contraire par un lien essentiel
que les pèlerinages sont unis au culte des reliques. Barrès,
à propos
de la colline de Sion, parlait des "lieux où souffle
l'esprit", et
il n'avait pas tort." |
Jacques Madaule, Pèlerins comme nos pères,
Saint-Mandé, éd. de la Tourelle, 1950 |
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Ces pages présentent les grands pèlerinages européens.
Elles ne donnent ni conseils ni indications pratiques pour partir vers
tel ou tel lieu, ils pourront être trouvés par le moteur
de recherche.
Elles sont une invitation à mieux connaître l'histoire
de ces pèlerinages, leur influence sur la construction de l'Europe,
leur importance pour aujourd'hui.
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l'audace et la clairvoyance d'un choix politique |
| En 1987, le Conseil de l’Europe a montré
une belle audace en choisissant les "chemins de Compostelle"
comme premier Itinéraire Culturel Européen. Au-delà
de la construction économique, il voulait retrouver les bases
d'une identité commune à tous ces pays aux nationalismes
exacerbés. Il fallait trouver comment unir des pays aussi différents
que la Norvège et l’Italie, ou des pays récemment
réconciliés comme la France et l’Allemagne. Mais
de là à penser à la promotion d’un itinéraire
conduisant à un sanctuaire catholique ! Car il s’agissait
bien de rappeler aux Européens l'importance de la "mémoire
collective" rattachée à Compostelle où est
vénéré un tombeau d’un compagnon du Christ,
l’apôtre saint Jacques.
De nombreux papes ont affirmé que des foules venues de toute
l’Europe s’y étaient rendues depuis des siècles,
tout en mêlant leurs cultures respectives.Mais comment les
Protestants allemands pouvaient-ils accepter une telle proposition
? Comment les laïcs français allaient-ils l’interpréter,
eux qui avaient œuvré à la séparation
de l’Eglise et de l’Etat ? Comment les Pays-Bas n’allaient-ils
pas se ressouvenir de la domination espagnole ? Comment des esprits
cartésiens de partout allaient-il cautionner des manifestations
pèlerines qu’ils pensaient réservées
à des naïfs en quête de miracles, exploités
par un mercantilisme habile ? |
La façade de la cathédrale affirme
le triomphe l'Eglise catholique et de Compostelle au XVIIIe siècle |
En fait, les bases étaient jetées dès les
années 1960 par quelques intellectuels, dont le plus connu
en France est resté René de La Coste-Messelière.
Cette idée ingénieuse avait déjà fait
ses preuves. Elle avait germé dès la fin de la guerre
civile en Espagne.
Compostelle était un lieu possible de réconciliation des
frères ennemis. Dès 1938, quelques pèlerinages
avaient servi à rapprocher l’Espagne et la France catholique.
Le tourisme automobile, les "congés payés",
l’attrait du soleil, avaient préparé la voie. Le
souvenir des rassemblements autour de lieux sacrés et des grandes
migrations des peuples du Nord vers les pays du Soleil avait surgi de
la mémoire collective. Fascination de la Lumière. Le goût
du bucolique s’en était mêlé, des randonneurs
avaient ensuite commencé d’emprunter des chemins au départ
du Puy dans les années 1970 où étaient apparues
les premières descriptions d'itinéraires pour les marcheurs.
Peu à peu, discrètement, des Européens s'étaient
mis en marche … et en 1982, le pape Jean-Paul II, européen
de l'Est, était venu lui aussi en pèlerin à Compostelle
d’où il lança cet appel :
"... ô vieille Europe je
te lance un cri plein d’amour : retrouve-toi toi-même, sois
toi-même, découvre tes origines, renouvelle la vigueur
de tes racines, revis ces valeurs authentiques qui couvrirent de gloire
ton histoire et firent bénéfique ta présence dans
les autres continents."
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de l´itinéraire
symbolique aux chemins balisés |
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Dans les années 1980, le mot Compostelle n'évoquait
rien pour la grande majorité des populations européennes.
Même les milieux intellectuels connaissaient mal son histoire.
Les travaux antérieurs avaient orienté la recherche historique
sur les itinéraires grâce à un manuscrit du XIIe
siècle redécouvert au XIXe siècle à Compostelle,
intitulé en 1938 le Guide du pèlerin, un document
providentiel, l’ancêtre des Guides Bleus !
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En France, depuis
les années
1970, Le Puy s'est imposée comme point de départ principal. |
Ce guide indiquait quatre routes partant de Tours,
Vézelay, le Puy et Arles et menant à Compostelle. Quatre
"routes historiques" arpentées par des foules de pèlerins
: la part de l’Histoire était suffisante. En Espagne, le
"CaminoFrances" était l'itinéraire quasiment
unique.
Restaient à tracer, au-delà de ces routes franco-espagnoles,
des routes européennes. Ce à quoi s’est employé
le Conseil de l’Europe avec l'aide d'experts, rejoint en cela
quelques années plus tard par l'UNESCO. Proposer des routes,
même s’il s'agit pour certains pays seulement d'indications,
mais surtout les baliser à outrance est souvent imprudent, car
alors le symbole a tendance à s'effacer devant une approche géographique
trop rigide. Aussitôt ont surgi des guides touristiques à
usage des automobilistes. Les villes s’en sont mêlées,
chacune voulant être placée sur le fameux Chemin Historique.
On a numéroté les routes, du n°1 au n°9 ! Puis
les marcheurs ou les cyclistes ont voulu des sentiers. |
| Une fièvre a saisi beaucoup de pays européens
: mettre en place des pancartes, avec le logotype de l'Europe. C'est
certes une reconnaissance de l'idée européenne, mais c'est
parfois trop. La saturation guette aujourd'hui, d'autant plus forte
que le discours monolithique qui est tenu tout au long de chaque itinéraire
s'affadit de proche en proche.
Des concurrences se font de plus en plus dures, chacun voulant profiter
du flux des pèlerins. Face au succès, il n'est que temps
de travailler à mieux faire connaître la richesse historique
du pèlerinage. Le Conseil de l'Europe a en effet toujours souhaité
que ces chemins soient aussi ceux de la connaissance et de la recherche
de l'authenticité.
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la recherche ouvre des perspectives
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Dans les années 1990, la recherche a progressé.
Ses résultats ont fait comprendre que les "rues Saint-Jacques,
Jakobstrasse, via San Giacomo" n’ont pas "mené
pendant des siècles à Compostelle". Elles sont les
ultimes souvenirs de dévotions locales à saint Jacques
qui se marquaient par des rituels, des pèlerinages, des fêtes,
des manifestations d’entraide, bref, des structures de sociabilité
originales et réutilisables aujourd’hui dans des cadres
très divers.
On sait maintenant que tous les hôpitaux Saint-Jacques n'étaient
pas réservés aux pèlerins et que tous les pèlerins
n'allaient pas à Saint-Jacques de Galice. Leur rôle social
est mieux compris et reconnu. On sait aussi que le sanctuaire de Compostelle
a nourri l’imaginaire des peuples européens mais qu'il
a été moins fréquenté que l’ont cru
les premiers chercheurs. Son histoire fut riche de dévotions,
de prières autant que d’expéditions guerrières,
d’enjeux politiques ou commerciaux, de fêtes et de légendes.
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| Au XIIe siècle, Compostelle s’est fait connaître
en Europe afin d’inciter la chevalerie à venir soutenir l’Espagne
dans sa lutte contre les Infidèles, et aider le jeune roi Alphonse
VII à sauver son trône face aux prétentions de l’Aragon.
Une chronique faussement historique, le Pseudo-Turpin, fait de
Charlemagne le premier pèlerin européen et le premier guerrier
à avoir apporté son aide.
Charlemagne dort dans son palais
d'Aix-la-Chapelle
quand saint Jacques lui apparaît en
songe restitution par Janine Michel d'une enluminure du codex Calixtinus
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Les rois de France ont ensuite ensuite utilisé
ce texte pour inciter leurs chevaliers à aller guerroyer en Espagne
quand ils le souhaitaient. Chemin faisant, s’interpénétraient
les cultures. On sait maintenant que les mentions de foules cheminant vers
Compostelle se réfèrent aux foules symboliques des Elus
de l’Apocalypse se dirigeant vers une Jérusalem
Céleste rendue attrayante par la beauté des récits
et l'habileté des responsables de la cathédrale galicienne.
Au Moyen Age, les pèlerins n'étaient pas aussi nombreux
que l'ont cru les premiers chercheurs. Mais leur flux a rarement tari
malgré les vicissitudes de l'histoire. Ils se sont faits plus nombreux
au moment des guerres de Religion, lorsque les catholiques angoissés
se sont tournés vers l’Espagne restée indemne d’hérésie.
Un point culminant fut atteint au XVIIIe siècle, ainsi qu’en
témoigne la richesse de la façade de la cathédrale.
Le XIXe siècle et les guerres napoléoniennes ont failli
avoir raison du sanctuaire. Aujourd’hui, il participe plus que jamais
à la construction de l’Europe. |
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le pseudo-turpin à
l'école primaire |
| Les dessins ci-dessous sont extraits d'un travail
fait sur la légende de Charlemagne et de Roland dans une classe
primaire du Centre de la France. Ils montrent le combat de Roland
et du géant Ferragut sur le Camino Frances. |
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Après un dur combat, Roland frappe Ferragut au nombril, son seul point vulnérable
dessins de Pierre, Langouet, Guilhem et Léa, classe de Caroline Naturel
(France)
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