L'histoire de la via Regia, ou "Voie Royale", qui relie, depuis des siècles, Kiev à Saint-Jacques de Compostelle en traversant la Pologne, l'Allemagne et la France...
L’association VIA REGIA - CULTURE POUR L’EUROPE (Erfurt, D) nous a fait parvenir un dossier très complet sur son projet "Via Regia". Pour commencer, un peu d'histoire...
The project Via Regia of the association Via Regia Culture for Europe |
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institut européen des itinéraires culturels |
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| Fanny Egretaud |
| 12 avril 2005 |
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| La Via Regia, de Galice en Galicie... |
L'ancienne VIA REGIA ou «voie royale» appartenait au plus important système de voies de communication du haut Moyen-Âge, qui a perduré jusqu'à nos jours. Dans les sources écrites, elle apparaît sous différentes appellations. C'est en 1252 que la "strata regia" est mentionnée pour la première fois en latin, dans un document établi par le margrave Heinrich l'Illustre (1215/16-1288) pour l'évêché de la ville de Meißen. L'appellation allemande «Hohe Straße» (grande route) réapparaît entre le XVe et le XVIe siècle : elle désignait alors le secteur prépondérant de l'espace de langue allemande qui s'étendait de Frankfurt am Main (Francfort sur le Main, Allemagne) à Breslau (Wroclaw, Pologne). Mais l´histoire de la VIA REGIA commence sans doute en Europe avant Jésus Christ.
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L'armée romaine
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| De l'empire romain aux Mérovingiens |
A l’époque de l’occupation de la Gaule par les Romains, il existait des routes d’approvisionnement stables entre Paris (Lutetia) et le sud de la France et elles ont été utilisées plus tard par les Francs.
Les généraux romains Drusus et Germanicus avaient tracé une ligne depuis leur camp de Moguntiacum (Mainz) jusqu'à l'Elbe, pour faire de ce fleuve la frontière orientale de l´Empire romain. D'après les sources écrites, ils ont vaincu la tribu des Chattes et sont parvenus jusqu'à l'Elbe, en passant à travers le Wetterau, la Thuringe, tout en longeant la Saale.
Par la suite, les marchands romains ont toujours utilisé cette route.
Après la chute de l'Empire romain, le développement régulier d'une première liaison routière traversant l'Europe d'Ouest en Est a certainement été en rapport, à l’Est, avec la constitution de la Rus' de Kiev et les intérêts européens des princes Vladimir le Saint et Jaroslav le Sage, et à l’ouest, il était lié à l’expansion de l’Empire franc vers l’est et le sud.
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La bataille de Legnica en 1241, codex de Lüben en date de 1353
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Au centre géographique de la route, le développement de la VIA REGIA vers l’est a résulté de la constitution du royaume de Thuringe aux Ve/VIe siècles.
Après la chute de celui-ci en 531/534, le territoire, traversé par la route, est tombé sous la domination mérovingienne. Jusqu'au deuxième quart du Xe siècle, la Thuringe a ainsi été une frontière directe avec les zones de colonisation des familles slaves occidentales. C´est pourquoi cette zone avait une signification stratégique et économique importante pour les Francs. Inévitablement, elle entraîna la réalisation progressive d'un réseau de routes et de chemins qui permettait d'accomplir le plus rapidement et le plus sûrement possible toutes les tâches de seigneurie.
A l’ouest, la «route» liait les capitales des royaumes partiels formés après la mort du roi des Francs, Clotaire Ier, à savoir Reims, Soissons, Paris et Orléans.
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| De Charles Martel à Napoléon |
Après cette époque, l’histoire de l’Europe a été marquée par les événements suivants :
- à l’ouest : les expéditions militaires menées par Charles Martel à proximité de Tours et de Poitiers en 732 contre les Arabes venant d’Espagne
- à l'est : la bataille des chevaliers allemands et polonais contre les Mongols dans les environs de Legnica / Liegnitz (1241)
Les deux événements ont eu un rapport direct avec le développement de la VIA REGIA et ils ont mis fin aux tentatives de conquête de l’Europe menées par les cultures extra-européennes.
Les relations politiques existantes entre les Etats européens dès le début du Moyen Âge, le développement rapide du commerce transfrontalier depuis le Xème siècle ou encore les pèlerinages constituaient, avec les expéditions militaires innombrables visant à conquérir des zones de pouvoir et d’influence, les principales raisons qui poussaient à entrependre des voyages dans les pays lointains. Ces phénomènes ont joué un rôle décisif dans le développement de la VIA REGIA à travers les siècles.
Le tronçon polonais et ukrainien de la «route» est également très important parce qu’il met en valeur les centres urbains comme Wroclaw, Krakow, Lviv ou Kiev en soulignant l’histoire mouvementée et souvent douloureuse des peuples vivant dans les régions situées le long de la VIA REGIA.
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Charles Martel à Tours
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L'histoire de l'ancienne VIA REGIA en tant que route militaire commence, d'après les sources écrites, avec les invasions des Francs et, curieusement, se termine avec la dernière expédition militaire des Français.
C'est «grâce» aux troupes de Napoléon, qui ont utilisé cette voie autant pour leur expédition de conquête en Russie et en Espagne, que pour leur retour, que cette route a, pour la dernière fois, acquis une signification européenne. Entre la première utilisation et la dernière précédemment citée, 1500 ans d'histoire européenne étroitement liée à la VIA REGIA se sont déroulés.
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| La Via Regia à l'heure de l'industrialisation |
Avec la construction du chemin de fer à partir de 1835, les chemins piétons perdent leur sens. Les hommes, qui, jusqu'alors, ne pouvaient circuler la plupart du temps qu'à pied sur les routes, ont désormais la possibilité de faire les trajets beaucoup plus rapidement grâce au train, et d'aller beaucoup plus loin.
Par ailleurs, le transport de marchandises est désormais moins pénible que sur les mauvaises routes, qui avaient rarement été prévues pour de longs voyages. Les années suivantes, l'industrialisation accélère la construction déjà rapide des voies de chemin de fer. Le train est un moyen de transport caractéristique des lourds transports de l'industrie, ainsi que de l'approvisionnement des villes, dont le développement était alors très rapide. De la même manière, quand on a commencé à paver les rues de quelques villes, dès les XIIe/XIIIe siècles, l'état des chemins demeurait inchangé et on manquait de moyens de transport adaptés ; tout cela a conduit à une négligence du réseau routier qui a duré plus d'un siècle.
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Wagon postal Gotha /Thuringe ; gravure de G.E Opitz, vers 1825
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Dans le cadre de ce développement, des changements d'orientation en ce qui concerne les tracés sont de nouveau intervenus.
Au fil des siècles, un tracé précis et identifiable n'avait jamais éte dessiné. Comme la plus grande part du commerce entre l'Est et l'Ouest se déroulait déjà sur cette route au Moyen-Âge, chaque seigneur s'efforçait le plus possible de ramener la route sur son territoire, car les revenus qu'elle procurait, à travers les droits de passage et les douanes, étaient considérables. Seuls quelques points fixes, isolés, structurés par la nature, comme les gués et les cols montagnards, n'ont pas été transformés.
Ainsi, le tracé de la route, qui a souvent changé au fil du temps, est aussi un reflet de la fluctuation des relations politiques. Les changements techniques et économiques ont marqué simultanément l'image et l'utilisation de la VIA REGIA.
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| De la construction de l'A4 à la seconde guerre mondiale |
Avec l´invention de l'automobile, la route a dû s'adapter aux nouvelles exigences techniques des conditions de circulation.
La construction d´une nouvelle VIA REGIA, désormais nommée «Autoroute A4», a commencé tout d´abord à la fin des années 1930. Le début de la Deuxième Guerre Mondiale a considérablement ralenti le travail. Quand, enfin, en 1943, la construction fut définitivement achevée, la route, à l'exception de quelques ponts qui devaient être contournés (car partiellement encore à une seule voie), était terminée en Allemagne et ainsi utilisable par les militaires.
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Relique de la frontière entre RDA et RFA
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Après la guerre, les différentes voies de communication (chemin de fer, autoroute et routes à grande vitesse), totalement entremêlées, croisèrent la frontière entre la zone d'occupation américaine et la zone d'occupation soviétique.
Les partages de l'Allemagne et de l'Europe, qui eurent lieu ensuite, ont aussi coupé la célèbre route, qui avait jusque là relié l'Europe de l'Est et l'Europe de l'Ouest, la partageant entre deux camps économiques, politiques et géographiques.
On ne pouvait plus aller partout en Europe grâce à cette route. Dans l'histoire du continent, c'est au cours de ce siècle que la désignation Est-Ouest a pris un sens complètement nouveau. La VIA REGIA est presque totalement tombée dans l'oubli. Le lien symbolique qu'elle représentait entre les Etats européens était considéré comme tabou dans les pays de l'Est.
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| La Via Regia aujourd'hui, coeur de la construction européenne |
Ces dernières années, le processus d'intégration de l'Union européenne, l'ouverture des Pays de l'Est et la libéralisation du commerce international se sont approfondis.
Les changements de majorité politique, la mise en place de nouveaux systèmes de production, l'élargissement des zones d'approvisionnement, mais aussi des marchés se sont répercutés aussi sur l'utilisation des voies de communication.
Ainsi, par exemple, la circulation de transit et la circulation transfrontalière ne cessent d'augmenter. Bien sûr, la majeure partie de la circulation sur l'ancienne / la nouvelle VIA REGIA se concentre actuellement encore principalement sur les régions allemandes, une densité de circulation aussi forte n’ayant été relevée nulle part ailleurs en Europe.
Au croisement de Hermsdorf, la "plaque tournante de l’Est", la circulation sur l’A4 est encore plus dense et diminue par contre plus loin en direction de l’Est.
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Embouteillage sur l'A4
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Ce renouvellement de la VIA REGIA est donc, pour la Pologne, d'une grande importance.
Au poste frontière de Görlitz, le trafic transfrontalier de marchandises a augmenté à l’entrée : il est passé d’environ 160000 véhicules comptés en 1996 à environ 277000 en 2000. Les chiffres pour le départ se sont accrus de manière comparable.
Pour les zones de concentration urbaine, cette liaison joue un rôle économique énorme. L’A4 est la liaison routière la plus importante entre l’Allemagne et les régions industrielles et charbonnières de Pologne. Elle doit être prolongée jusqu’à la frontière ukrainienne pour simplifier le trafic de transit de l’Europe occidentale vers l'Ukraine et la Russie du Sud. Le cours de la route poursuit donc encore à notre époque les mêmes visées qu'autrefois. Une autoroute complète à 4 voies qui pourrait être élargie sans autres travaux de reconstruction à 6 voies est ainsi prévue.
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| La Via Regia, un axe de rencontres |
Cette route chargée d’histoire, aujourd'hui espace linéaire, devient désormais une piste permettant de vivre à fond le développement de la mobilité individuelle. Techniquement, elle va découper des paysages et des zones d'agglomération avec un volume d’asphalte high-tech et permettre à l’individu de voyager en sécurité, mais ceci seulement grâce à des moyens techniques coûteux.
Tout le tronçon de l’autoroute nouvellement construit , dans les nouveaux Länder, est un exemple typique des résultats de l'ingénieurie allemande en matière de sécurité et témoigne de l'emploi de plus en plus fréquent de la technologie.
Les technologies de communication et d'information les plus modernes sont utilisées pour pouvoir contrôler et coordonner la sécurité routière.
D'innombrables mesures anti-bouchon et anti-accident très modernes ont été introduites sur l’autoroute et elles permettent donc de faire face à l'augmentation intense de la circulation en la rendant plus fluide.
Pour satisfaire les besoins humains et l'approvisionnement, des aires de repos avec des stations d´essence et des parkings ont été construits.
Le séjour dans un restaurant d’autoroute a été organisé et modernisé de telle manière que l'on peut tout recevoir sans échanger une parole. Le confort et la vitesse de croisière ont été améliorés à un tel point que l'on n'a plus besoin désormais de s'arrêter en chemin pour prendre un logement. Les voyageurs sont souvent pressés par le temps et quittent vite le restaurant d’autoroute ou passent la nuit dans leur propre véhicule.
Dans ces circonstances, l'autoroute peut-elle réunir des cultures et des gens comme le faisait autrefois l'ancienne VIA REGIA ? Cette route peut-elle encore signifier la «vie» ?
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Aujourd’hui, les gens seraient plus mobiles. Auparavant, cela n’était pourtant pas vraiment différent.
Etre sur la route signifiait l’action, mener des guerres, concrétiser des mariages, etc… Sur la route, on n’était jamais seul, ceci jusqu’au XIXe siècle. Il était même plus sûr de se réunir dans de plus grands groupes pour pouvoir voyager moins dangereusement.
On avait toujours la possibilité de communiquer avec les autres, de faire leur connaissance. Comme on était curieux, intéressé et plus souvent dépendant de l’aide de l’autre, les voyageurs tiraient profit de leurs quelques connaissances des langues étrangères et «récoltaient» en chemin des expériences de la vie et des connaissances.
Cette signification de la route appartient à l’histoire. Mais la VIA REGIA - chemin de Bonifatius qui, sur ordre de Rome et de Charles Martel, arrangeait des évêchés en Hesse et Thuringe en même temps que des structures politiques et religieuses stables, ou bien l’autoroute A4 à 6 voies d'aujourd´hui, est depuis environ 2000 ans une "grande route européenne" d'une importance économique, culturelle, politique et militaire décisive. Son symbolisme communautaire est toujours essentiel.
Görlitz : Vue sur la Neiße et la ville polonaise de Zgorcelec. En arrière plan on aperçoit le pont de la vieille ville, détruit en 1945 et aujourd'hui reconstruit.
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